Comptoir de campagne redonne vie aux villages

19 janvier 2023
Categories : Franchise Comptoir de campagne

Originaire du 13e arrondissement de Marseille, Virginie Hils a grandi à côté d’une exploitation agricole, entourée des poules et des lapins. En 2016, l’entrepreneuse a créé le premier magasin Comptoir de Campagne à Champdieu dans la Loire.


Son objectif, remettre des boutiques multi-services dans les communes rurales qui ont perdu leurs commerces. Depuis 2021, le réseau de 14 magasins s’est ouvert à la franchise. Interview.

Pouvez-vous expliciter le concept de Comptoir de Campagne ?

Virginie Hils : Dans un magasin Comptoir de Campagne, on trouve un espace commercial avec des produits locaux en circuit court –épicerie, droguerie, produits frais… Nous proposons également un espace snacking et salon de thé et un pool de services, qui varient selon le lieu –relais poste, colis, presse, Française des Jeux, retrait d’argent, photomaton, services de conciergerie (pressing, cordonnerie, repassage…) et un espace rendez-vous (ostéopathe, esthéticienne, coiffeur…) qui changent selon les jours de la semaine. Le principe étant d’avoir un maximum de clés d’entrée pour que les clients passent la porte de nos magasins. Si nous travaillons essentiellement avec des particuliers, on a également une forte activité de vente de paniers aux entreprises, associations, maisons de retraite et collectivités et d’approvisionnement de cantines scolaires.

En tant qu’entreprise de l’Economie sociale et solidaire dotée de l’agrément Entreprise solidaire d'utilité sociale (Esus), notre objet social est la revitalisation des territoires ruraux. Le projet des magasins Comptoir de Campagne répond ainsi à plusieurs missions sociales : ramener des services de proximité sur les territoires ; valoriser la production locale et artisanale et promouvoir un mode de consommation plus durable ; et favoriser le lien social. Ces magasins, au-delà de répondre à un simple besoin de services, sont à la fois un lieu de partage et de cohésion sociale. 

Comment est née l’idée de ce concept ?

Virginie Hils : Après avoir évolué quinze années dans le marketing agro-alimentaire et la grande distribution, à 39 ans, je me suis posé la question du sens et de l’impact de mon activité sur la société. Ayant suivi un Executive MBA à l’EM Lyon dans la foulée, j’ai pris conscience lors d’un hackathon sur les modèles économiques de demain qu’en France, une commune sur deux n’avait plus de commerce. Le sujet m’a tout de suite parlé. À la faveur de rencontres avec des dizaines de mairies et de communautés des communes en Rhône-Alpes, je me suis rendu compte qu’il y avait un vrai besoin.

Ce qui me motivait était de lancer des commerces différents en circuit court qui valorisaient la production locale et artisanale et n’écrasaient pas les producteurs. Aujourd’hui, la valeur des produits de grande consommation n’est pas partagée équitablement entre les producteurs, les transformateurs et les distributeurs. Ce n’est qu’ensuite que j’ai découvert l’enjeu du lien social. Lorsque la mairie de Champdieu dans la Loire nous a informés que la Poste cherchait une solution pour transformer son activité, nous avons repris ses services et avons démarré le premier Comptoir de campagne en 2016. 

Où s’implantent les magasins Comptoir de Campagne ?

Virginie Hils : Ils s’implantent dans des communes de 800 à 2 000 habitants. Nous conseillons à nos franchisés de monter leur projet main dans la main avec la municipalité qui est souvent propriétaire des locaux et participe aux investissements nécessaires au démarrage du magasin. 

Pourquoi avoir choisi de vous développer par le biais du système de franchise ?

Virginie Hils : Le modèle de commerce de proximité est plus adapté à l’indépendance. Lorsque l’on est commerçant Comptoir de Campagne, on a la nécessité de créer un lien fort avec les clients et de s’implanter durablement dans son écosystème, auprès de la mairie, des autres commerçants, des associations… Or, on est plus poussé et plus enclin à le faire lorsque l’on est indépendant. C’est la clé de réussite d’un commerce, donc c’est le bon modèle. 

Comment avez-vous financé la structuration du réseau ?

Virginie Hils : Avant de développer le réseau, il y a un investissement de structuration important. Pour financer le développement, nous nous sommes ouverts à des investisseurs soucieux de maintenir une présence dans les endroits reculés, comme la Maif, la Banque des Territoires, le fonds Abeille, Groupama, Evolem, le Crédit Agricole, la Poste et la Caisse d’Epargne Rhône-Alpes. Nous avons également lancé des campagnes de financement participatif sur la plateforme Lita.co. Au total, 400 personnes ont investi dans Comptoir de Campagne, à hauteur d’1,7 million d’euros.

En tant que franchiseur nous nous rémunérons de façon classique sous forme de royalties pour accompagner le franchisé en amont de son ouverture, lui fournir les outils nécessaires à l’activité de son magasin, organiser le sourcing et l’approvisionnement de son magasin et l’accompagner tout au long de sa vie d’entrepreneur. Nous ne sommes pas une centrale d’achat dans le sens où nous ne prenons pas de marge sur les produits vendus dans les Comptoirs de Campagne, mais nous sélectionnons les producteurs et produits pour constituer le catalogue de produits et services disponibles dans les Comptoirs, nous négocions les prix et organisons les approvisionnements pour les magasins. Notre volonté est de ne pas rajouter un intermédiaire qui de manière opaque prend une marge supplémentaire sur les produits. Nous facturons en toute transparence, au travers des royalties, le service que nous apportons à nos franchisés. 

Où en est le développement du réseau ?

Virginie Hils : En termes de services, nous dotons les franchisés d’un outil de gestion qui permet aux commerçants de gérer l’ensemble de leurs activités et leur donne des informations sur la performance de leur magasin. Nous leur proposons un kit communication mensuel pour mettre en avant des produits et événements tout au long de l’année et mettons à leur disposition une hotline pour répondre à leurs besoins. Nous avons au total 14 magasins en Rhône-Alpes et sud Bourgogne, dont trois en franchise.

Notre volonté, continuer à développer notre réseau et à accompagner des entrepreneurs à la duplication de notre modèle social. Nous avons à ce titre des projets en Occitanie et en Ile-de-France. En termes de développement de notre offre, nous développons une offre d’approvisionnement pour d’autres commerces comme des boulangeries ou restaurants que nous dotons de corners d’épicerie locale.

Avatar photo

Écrit par Charlotte de Saintignon

cross